Miss France 2017 : la bataille des cinglés

er soir, 8,2 millions de téléspectateurs étaient réunis devant la finale de Miss France, et comme d’habitude, le concours de beauté a donné lieu à un festival de réactions saugrenues. Cette année, la créativité verbale est à son comble, avec la victoire de la Guyanaise Alicia Aylies, jeune femme métisse de 18, cheveux bouclés, teint caramel et yeux clairs. Petit florilège.

Chez les féministes institutionnelles, opération boycott et diversion

La première réaction vient d’Osez le féminisme, qui s’est fendu d’un communiqué de presse… avant même que l’émission ait lieu. Outrées que Sylvie Tellier, directrice générale de la société Miss France, ait déclaré que les Miss “agissent aussi pour améliorer la condition féminine”, les militantes tapent du poing sur la table. Le très patriarcal concours de beauté tombe à pic pour Osez le Féminisme, fort embarrassé par l’affaire des bars de Sevran.

« Les femmes n’ont pas à se plier à un concours de beauté pour définir leur valeur, martèle Osez le Féminisme, elles seules la définissent ». Quand des dizaines de milliers de femmes ne peuvent plus accéder aux lieux publics, se vêtir à leur guise ou se promener sans risquer d’être insultées, la priorité est donc de traquer le Grand Méchant Patriarcat dans un concours que le public regarde avec à peu près autant de sérieux que l’Eurovision.

 Chez les amateurs de métisses, feu d’artifice de déclarations gênantes

On connaît tous quelqu’un qui est absolument incapable de parler des métisses sans en faire des caisses. Ce tonton gluant qui aime parler des « beautés des îles » l’œil goguenard. Cette amie qui vous montre des dizaines de photos de bébés métisses sur instagram alors que vous n’avez rien demandé.

Dans ce registre, c’est Marine Lorphelin, Miss France 2013, qui a ouvert le bal.

Apparemment, les trois femmes métisses du top 5 n’ont pas été sélectionnées parce qu’elles sont belles, mais par la force du métissage. Oui, la force, vous avez bien lu. Toi, la Bretonne du cru, la Picarde du terroir, la Bourguignonne de souche,  la Peule à 100%, la Japonaise pur jus, tu es FAIBLE. A cause de tes gènes trop homogènes, tu n’est pas investie de la mystérieuse Force des beautés métissées. Sache-le.

A gauche, Marine Lorphelin, beauté faible de souche. A droite, Alicia Alyes, beauté forte et métissée. M’voyez ?

Dans le rôle du tonton qui fantasme sur les « beautés café au lait », la bave au coin des lèvres : Gilles Verdez, en grande forme.

C’est bien connu, là où les couleurs de peau sont homogènes, les gens tirent la tronche tous les jours, ne connaissent qu’une émotion – la tristesse – et se suicident avant 40 ans. Déjà l’an passé, l’acolyte de Cyril Hanouna nous avait régalées de ses obsessions raciales.

Pour Gilles Verdez, le couronnement d’Iris Mittenaere en 2016 était le fruit d’un vaste complot raciste. Un an plus tard, une miss métisse est choisie : pouf ! voici venir la « France réconciliée ».

Iris Mittenaere en 2015. Si tu trouves cette femme belle, Gille Verdez te traite de raciste. Ne discute pas.

Naïma Charai, élue d’Aquitaine et suppléante de Noël Mamère, a elle aussi célébré la beauté de « notre France métissée et plurielle ». Car avant l’arrivée du métissage intercontinental, la France était un océan uniforme de laiderons consanguins.

Chez les réacs, quelques crises de panique

Aussi surprenant que cela puisse paraître, ceux qui dénoncent constamment la décadence des mœurs regardent eux aussi la télévision.

Maître incontesté des trolls d’extrême-droite, pourfendeur de la « musique nègre« , poursuivi pour “injures publiques, provocation à la haine raciale et contestation de crime contre l’humanité”, Henry de Lesquen était hier soir en grande forme. Il s’est étranglé sur Twitter face à « l’imposture cosmopolite » que représente à ses yeux la victoire de Miss Guyane.

 

Colonie française depuis le XVIIe siècle, la Guyane fait partie des régions françaises. Mais pour Henry, la pilule ne passe pas. Autre star de la soirée, Frédéric, au bord du gouffre :

« Humiliation nationale »… Mais de quoi parle Frédéric ? D’un nouvel attentat ? De viols de masse comme à Cologne ? d’un raid aérien sur Paris ? Non non, il s’agit bien de l’élection de Miss France 2017.

Chez les afro-suprématistes et les islamistes, on hésite entre euphorie et victimisation

L’élection d’une Miss métisse est-elle un signe d’avancée communautaire, ou bien est-ce l’arbre qui cache une forêt de discriminations ? Tel est le débat qui a agité les émules du CCIF et du mouvement Black Lives Matter.

Pour Jennifer Padjemi, journaliste chez Buzzfeed, l’élection de Miss France est une guerre ethnique, et c’est vachement rigolo.

LOL.

Karima B, militante contre l’islamophobie, exulte : « c’est le bled à (sic) Taubira qui représentera la beauté française !!! »

Mais pour Sihame Assebag (CCIF) et pour de nombreux internautes, l’élection d’Alicia Aylies est avant tout l’occasion de rappeler combien la France est un pays irrespirable peuplé de racistes.

 

 

Et pendant ce temps, on oublie les vrais problèmes

Toute cette agitation fait oublier le débat central de cette soirée d’élection : bon sang, mais QUI a dessiné les costumes des Miss ? Certes, le concours n’est pas réputé pour sa distinction, mais là… On veut des noms !

« Bon, les filles, cette année, c’est accordéon en papier sur les fesses. Y’a pas de mais. »

Dans une des chorégraphies, les Miss on carrément piqué les décos de Noël de la municipalité de Bécon-les-Gruyères !

 

Si le costumier a voulu imiter les parures imposantes des défilés de Victoria’s secret, on est encore très loin du compte.

Le Tati Mariages de Barbès, fournisseur officiel de Miss France 2017 ?

En attendant que les esprits des uns et des autres s’apaisent, Bellica poursuit son enquête…

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